Peut-être les tiennes ?
18 juin 2009

Prise sur www.creation-photos.com
Je suis dans un état que je n’aime pas. Vous voyez, un de ces états désagréables, avec des sensations dégoutantes à n’en plus finir. Mais si, je sais que vous voyez très bien de quel état je parle.
Un état, où mentalement en premier, l’on ne sait plus très bien où sont le nord et le sud, quel jour et quel heure il est, ce que l’on a déjà fait et ce que l’on doit faire. En fait, cet état ne nous fait pas ressentir des sentiments particuliers, au contraire, on ne ressent rien, ou du moins, l’on croit ne rien ressentir. Incompréhension, dégoût, mais de quoi ? Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Quelle est la chose ou la personne qui me dégoute ?
Puis, physiquement, à chaque saisie d’un objet, on le prend des deux mains, non pas pour ne pas le briser, mais peut-être parce que l’on aimerait que l’on nous traite de cette manière-là. Que l’on nous prenne des deux mains, et non d’une seule, voir d’aucune. Je ne vis que rarement cet état-là. Mais je suis certaine que chaque personne sur cette terre l’a déjà vécu au moins une fois. Oui, car ce beson de réconfort est présent en chacun de nous, mais voilà, quelques fois, il ressort, et se traduit parfois par ceci. Je ne sais pas si j’ai envie, le courage et la force de creuser encore un peu plus loin dans ce texte.
Mais enfin, ce n’est pas de force, d’envie ou de courage dont j’ai besoin, mais juste de deux mains.

Jesse Jackson lors d'un discours de Barack Obama (aucun rapport avec le sujet traité ici, mais j'ai trouvé cette photo belle)
Avez-vous déjà vu un homme pleurer, vous ? Une question, qui peut paraître banale, je l’avoue. Mais pour moi, qui ai une vision de l’homme fort, protégé par une carapace, que l’on pourrait presque qualifié de forteresse, et bien la question ne me paraît dénué de sens, non, loin de là.
Cette image, je l’ai de mon père, voyez-vous. C’est un homme comme je viens de le décrire; ne laissant apparaître aucune émotion, aucun sentiment, ne cessant de se protéger, peut-être pourrais-je même ajouter, ne cessant de cacher son ressenti.
Alors, croyez-moi, le jour où j’ai vu cette minuscule larme naissante dans ses yeux, je n’ai pas pu m’empêcher d’être stupéfaite. Pourtant, la situation était on ne peut plus favorable à cet évènement, un de ses amis très chers venait de mourir. Mais jamais, non jamais, je ne m’étais imaginer voir mon père pleurer.
Figurez-vous, venant de mon père, un homme de caractère, très fort, j’ai trouvé cette scène certes, très triste, car pour moi aussi ce fut un grande peine, mais elle était aussi particulièrement belle.
Cette explosion de sentiments et d’émotions, que jamais je n’aurais cru voir venir de mon père, était là, sous mon nez. Je n’ai pas su quoi faire. Lui parler ? Essayer de le réconforter ? Le serrer dans mes bras ? Aller lui chercher un mouchoir ? Je suis restée là, déconcertée, assise à la table, en face de mon père, le fixant, ne pouvant décoller mes yeux de cette scène si triste et belle à la fois. Voir cet homme fort pleurer, cela peut exprimer un certain paradoxe pour certains, comme moi au premier abord. La première fois, il est parti pour revenir le visage dénué d’émotions.
Malheureusement, il y eut une deuxième fois, pour la seconde mort d’un de ses amis très chers, ce fut là aussi à table. La conversation tournait bien entendu autour de sa mort. Puis, encore une fois, à mon grand étonnement, je l’ai revu pleurer. Une fois de plus, je n’ai pu m’empêcher d’être surprise. Mais, contrairement à la première fois, il n’est pas parti, est resté là, à table, devant ma mère et moi, puis a relevé à la tête, m’a regardé, et a murmuré : « Tu vois, cela arrive à tout le monde. »