Un retour aux sources

30 juillet 2009

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Assise sur une grosse pierre, je suis là, posée, à contempler le paysage. En pleine nature, les artifices sont inexistants, ainsi que les couleurs extravagantes.

A demi-nue, ne portant qu’un léger voile transparant sur mon corps blanchâtre et rond, je me sens bien.

Mes oreilles ont pour seule occupation d’écouter le chant des oiseaux, cigales et même hiboux. Je me sens nue, je suis nue, mais à l’abri de regards artificiels et non désirés.

Une légère brise balaie mon visage de mes cheveux clairs et secs.

Je refais le plein de moi-même d’une manière non artificielle.

Photographie prise cet été, en Haute-Provence

Prise sur www.creation-photos.com

Prise sur www.creation-photos.com

Je suis dans un état que je n’aime pas. Vous voyez, un de ces états désagréables, avec des sensations dégoutantes à n’en plus finir. Mais si, je sais que vous voyez très bien de quel état je parle.

Un état, où mentalement en premier, l’on ne sait plus très bien où sont le nord et le sud, quel jour et quel heure il est, ce que l’on a déjà fait et ce que l’on doit faire. En fait, cet état ne nous fait pas ressentir des sentiments particuliers, au contraire, on ne ressent rien, ou du moins, l’on croit ne rien ressentir. Incompréhension, dégoût, mais de quoi ? Qu’est-ce que je ne comprends pas ? Quelle est la chose ou la personne qui me dégoute ?

Puis, physiquement, à chaque saisie d’un objet, on le prend des deux mains, non pas pour ne pas le briser, mais peut-être parce que l’on aimerait que l’on nous traite de cette manière-là. Que l’on nous prenne des deux mains, et non d’une seule, voir d’aucune. Je ne vis que rarement cet état-là. Mais je suis certaine que chaque personne sur cette terre l’a déjà vécu au moins une fois. Oui, car ce beson de réconfort est présent en chacun de nous, mais voilà, quelques fois, il ressort, et se traduit parfois par ceci. Je ne sais pas si j’ai envie, le courage et la force de creuser encore un peu plus loin dans ce texte.

Mais enfin, ce n’est pas de force, d’envie ou de courage dont j’ai besoin, mais juste de deux mains.

"The man between"

"The man between"

“Leur bonheur était désormais d’une nature bien supérieure, la flamme qui les dévorait fut plus intense. Ils avaient des transports pleins de folie. Leur bonheur eût paru plus grand aux yeux du monde. Mais ils ne retrouvaient plus la sérénité délicieuse, la félicité sans nuage, le bonheur facile des premières époques de leurs amours, quand la seule crainte de Mme de Rênal était de n’être pas assez aimée de Julien. Leur bonheur avait quelquefois la physionomie du crime.”

Extrait du chapitre “Penser fait souffrir” du livre “Le Rouge et le Noir” de Stendhal.

Jesse Jackson lors d'un discours de Barack Obama (aucun rapport avec le sujet traité ici, mais j'ai trouvé cette photo très belle)

Jesse Jackson lors d'un discours de Barack Obama (aucun rapport avec le sujet traité ici, mais j'ai trouvé cette photo belle)

Avez-vous déjà vu un homme pleurer, vous ? Une question, qui peut paraître banale, je l’avoue. Mais pour moi, qui ai une vision de l’homme fort, protégé par une carapace, que l’on pourrait presque qualifié de forteresse, et bien la question ne me paraît dénué de sens, non, loin de là.

Cette image, je l’ai de mon père, voyez-vous. C’est un homme comme je viens de le décrire; ne laissant apparaître aucune émotion, aucun sentiment, ne cessant de se protéger, peut-être pourrais-je même ajouter, ne cessant de cacher son ressenti.

Alors, croyez-moi, le jour où j’ai vu cette minuscule larme naissante dans ses yeux, je n’ai pas pu m’empêcher d’être stupéfaite. Pourtant, la situation était on ne peut plus favorable à cet évènement, un de ses amis très chers venait de mourir. Mais jamais, non jamais, je ne m’étais imaginer voir mon père pleurer.

Figurez-vous, venant de mon père, un homme de caractère, très fort, j’ai trouvé cette scène certes, très triste, car pour moi aussi ce fut un grande peine, mais elle était aussi particulièrement belle.

Cette explosion de sentiments et d’émotions, que jamais je n’aurais cru voir venir de mon père, était là, sous mon nez. Je n’ai pas su quoi faire. Lui parler ? Essayer de le réconforter ? Le serrer dans mes bras ? Aller lui chercher un mouchoir ? Je suis restée là, déconcertée, assise à la table, en face de mon père, le fixant, ne pouvant décoller mes yeux de cette scène si triste et belle à la fois. Voir cet homme fort pleurer, cela peut exprimer un certain paradoxe pour certains, comme moi au premier abord. La première fois, il est parti pour revenir le visage dénué d’émotions.

Malheureusement, il y eut une deuxième fois, pour la seconde mort d’un de ses amis très chers, ce fut là aussi à table. La conversation tournait bien entendu autour de sa mort. Puis, encore une fois, à mon grand étonnement, je l’ai revu pleurer. Une fois de plus, je n’ai pu m’empêcher d’être surprise. Mais, contrairement à la première fois, il n’est pas parti, est resté là, à table, devant ma mère et moi, puis a relevé à la tête, m’a regardé, et a murmuré : « Tu vois, cela arrive à tout le monde. »

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Aujourd’hui, je ressens un manque particulier de lui. Je voudrais le lui dire d’ailleurs, mais la distance ne me le permet point et mon crédit téléphonique est épuisé. Je ne sais pas vraiment comment exprimer ce sentiment. Encore une fois, je trouve que les mots s’épuisent au fur et à mesure de leurs répétitions. J’attends, je l’attends lui. C’est un sentiment bizarre que d’attendre chaque jour une personne, de plus en plus fort, avec de plus en plus d’envie, d’espoir. Les dernières semaines, trouverai-je certainement les jours éternels, mais je crois, j’ose croire qu’il sera là pour me soutenir, nous soutenir, soutenir notre relation. Cette attente est un chemin qui aura une fin, cette attendre marquera la fin du début, et nous nous aurons enfin. Je l’aurai lui, il m’aura moi. Et je me dois d’utiliser le futur, sinon comment expliquer l’existence de celui-ci ? Nous ne sommes certains de rien, mais nous nous devons de faire des projets, et d’utiliser le futur, car c’est en faisant ceci, que nous exprimons notre certitude, même si encore, la certitude n’est qu’une illusion. Nous ne pouvons être certains à cent pour cent d’une chose, mais nous pouvons y croire fermement. Et croire fermement, est aux portes de la certitude, et du futur.

Alors oui, je l’attends, je crois, je suis certaine.